Histoire des symboles mathématiques : frise chronologique illustrant l'origine des signes plus, égal, racine, pi, infini, intégrale, somme, fonction et appartenance.

Histoire des symboles mathématiques

Cette page occupe une place particulière sur Math93 : le site est né en 1999 autour de questions d'élèves sur le sens des symboles mathématiques. Derrière les signes devenus familiers se cache une longue histoire, faite d'inventions, d'hésitations, de notations concurrentes et d'usages qui se sont progressivement imposés.

La référence principale de cette page est l'ouvrage de Florian Cajori (1859-1930), A History of Mathematical Notations, source classique pour l'histoire des signes et écritures mathématiques. Les notices ci-dessous résument les repères essentiels ; les symboles disposant d'une page détaillée sont signalés par une pastille Développement complet.

Quelques repères dans l'histoire des notations

vers 1200

La barre de fraction horizontale est associée aux traditions mathématiques arabes ; Abu Bakr al-Hassar (XIIe siècle) est souvent cité pour son rôle dans cette notation. [CajoV1]

1489

Johannes Widmann (XVe siècle) emploie les signes \(+\) et \(-\) dans un traité d'arithmétique commerciale.

1525

Christoff Rudolff (XVIe siècle) utilise le signe radical \(\sqrt{\phantom{x}}\) dans Die Coss.

1557

Robert Recorde (vers 1512-1558) introduit le signe égal \(=\) dans The Whetstone of Witte.

1631

William Oughtred (1574-1660) emploie le signe \(\times\) pour la multiplication dans Clavis Mathematicae.

1655

John Wallis (1616-1703) propose le symbole \(\infty\) dans De sectionibus conicis.

1675

Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716) utilise le signe \(\int\), issu d'un S allongé pour summa.

1706

William Jones (1675-1749) emploie \(\pi\) pour le rapport de la circonférence au diamètre ; l'usage sera ensuite fortement diffusé par Leonhard Euler (1707-1783).

1734

Pierre Bouguer (1698-1758) utilise des signes proches de \(\leq\) et \(\geq\).

1755

Leonhard Euler (1707-1783) emploie le symbole \(\sum\) pour la sommation.

1808

Christian Kramp (1760-1826) introduit la notation factorielle \(n!\).

1889-1897

Giuseppe Peano (1858-1932) joue un rôle majeur dans la notation moderne de l'appartenance, des quantificateurs et des ensembles.

1939

Le groupe Nicolas Bourbaki (créé en 1935) diffuse plusieurs notations modernes, dont l'ensemble vide \(\varnothing\).

Développements complets disponibles

Les cartes suivantes renvoient vers les développements déjà présents sur Math93. La page mère reste volontairement synthétique ; les détails historiques sont réservés aux pages dédiées.

1. Les opérations

+ −

Plus et moins

Les signes \(+\) et \(-\) apparaissent dans des textes commerciaux et algébriques de la fin du Moyen Âge. Johannes Widmann les emploie en 1489 dans un traité d'arithmétique commerciale ; leur adoption reste progressive et concurrence longtemps d'autres écritures.

× ·

Multiplication

Le signe \(\times\) est associé à William Oughtred (1574-1660) dans Clavis Mathematicae en 1631. Leibniz (1646-1716) préfère ensuite le point, plus discret et moins confondable avec la lettre \(x\).

÷ /

Division

La division a connu plusieurs écritures : barre de fraction horizontale, deux-points, obélus \(\div\), puis barre oblique dans les écritures typographiques modernes.

aⁿ

Exposants

Les exposants permettent de condenser l'écriture des puissances. Nicolas Chuquet (vers 1445-vers 1500) joue un rôle important dans leur histoire, même si leur notation ne se généralise que plus tard.

x, y

Symbolisme algébrique

Le passage du calcul rhétorique aux écritures littérales transforme l'algèbre. François Viète (1540-1603) joue un rôle essentiel dans cette évolution, avant la stabilisation progressive des notations modernes.

Racine carrée

Le signe radical moderne se fixe lentement. Christoff Rudolff (XVIe siècle) emploie \(\sqrt{\phantom{x}}\) en 1525, tandis que les notations plus anciennes utilisaient souvent des abréviations de radix.

2. Égalité, ordre et comparaison

=

Le signe égal

Robert Recorde (vers 1512-1558) introduit le signe \(=\) en 1557. L'argument est devenu célèbre : deux segments parallèles de même longueur semblent convenir naturellement pour exprimer l'égalité.

< >

Inférieur et supérieur

Les symboles \(<\) et \(>\) apparaissent dans l'ouvrage posthume de Thomas Harriot (1560-1621), Artis Analyticae Praxis, publié en 1631.

≤ ≥

Inférieur ou égal, supérieur ou égal

Pierre Bouguer (1698-1758) utilise en 1734 des symboles proches de \(\leq\) et \(\geq\). John Wallis (1616-1703) avait déjà employé des signes voisins au XVIIe siècle.

≠ ≈

Différent et presque égal

Les notations de différence et d'égalité approchée se stabilisent plus tardivement. Euler (1707-1783) emploie une graphie proche de \(\neq\), tandis que \(\approx\) connaît plusieurs usages avant son sens moderne.

3. Constantes célèbres

π

La constante pi

William Jones (1675-1749) utilise \(\pi\) en 1706 pour le rapport de la circonférence au diamètre. L'usage est ensuite largement diffusé par Leonhard Euler (1707-1783).

e

La constante exponentielle

La lettre \(e\) est associée à Euler (1707-1783), qui l'utilise au XVIIIe siècle pour la base des logarithmes naturels. D'autres lettres avaient été employées auparavant dans les correspondances savantes.

i

L'unité imaginaire

Euler (1707-1783) emploie la lettre \(i\) pour l'imaginaire dans un mémoire présenté en 1777 et publié plus tard. Gauss (1777-1855) contribue ensuite à diffuser cette notation.

φ

Le nombre d'or

La notation \(\varphi\) est plus tardive. Elle est souvent rapprochée du nom de Phidias, même si l'histoire de ce symbole relève d'une tradition moderne plus que d'un usage antique.

4. Analyse : fonctions, dérivées, intégrales et limites

f(x)

Les notations fonctionnelles

La notation \(f(x)\) s'impose au XVIIIe siècle, dans un contexte où la notion de fonction se transforme profondément. Euler (1707-1783) joue un rôle décisif dans cette stabilisation.

dx

Différentielles

Les symboles \(dx\), \(dy\) et les écritures différentielles sont liés à Leibniz (1646-1716), qui les emploie dans ses manuscrits à partir de 1675.

f'

Dérivées

La notation \(f'(x)\), \(f''(x)\) est associée à Joseph-Louis Lagrange (1736-1813), notamment dans la Théorie des fonctions analytiques.

Dérivées partielles

Le symbole \(\partial\) apparaît chez Condorcet (1743-1794), puis est repris par Legendre (1752-1833) et Jacobi (1804-1851), avant de s'imposer dans le calcul différentiel à plusieurs variables.

Intégrale

Leibniz (1646-1716) introduit le signe \(\int\), déformation du S de summa. Les notations de bornes d'intégration se stabilisent ensuite progressivement, notamment avec Euler (1707-1783) et Fourier (1768-1830).

lim

Limite

La notation lim est associée à Simon-Antoine-Jean L'Huilier (1750-1840), puis à Weierstrass (1815-1897). La flèche \(x\to a\) devient courante dans les traités modernes d'analyse.

Infini

John Wallis (1616-1703) propose le symbole \(\infty\) en 1655 dans De sectionibus conicis.

Σ Π

Somme et produit

Euler (1707-1783) emploie \(\sum\) pour la sommation en 1755. Pour le produit \(\prod\), les attributions sont plus délicates : Descartes (1596-1650) est parfois cité, mais Florian Cajori (1859-1930) signale un usage par Gauss (1777-1855) en 1812.

5. Probabilités, statistiques et combinatoire

P(A)

Probabilités

Les notations probabilistes modernes se fixent progressivement, à mesure que la théorie des probabilités passe des problèmes de jeux à une discipline mathématique structurée, notamment avec les travaux de Blaise Pascal (1623-1662), des Bernoulli (XVIIe-XVIIIe siècles) puis de Thomas Bayes (1702-1761).

n!

Factorielle

Christian Kramp (1760-1826) introduit la notation \(n!\) en 1808 dans ses Élémens d'arithmétique universelle. Cette notation est naturellement liée aux arrangements, permutations et combinaisons.

Cⁿₚ

Combinaisons

Les notations pour permutations, arrangements et combinaisons ont connu plusieurs formes. La notation moderne avec parenthèses apparaît notamment chez Andreas von Ettingshausen (1796-1878) au XIXe siècle.

6. Ensembles de nombres

Entiers naturels

Peano (1858-1932) utilise \(N\) pour les entiers positifs non nuls dans son Formulaire de mathématiques. Les notations modernes \(\mathbb N\), \(\mathbb Z\), \(\mathbb Q\), \(\mathbb R\), \(\mathbb C\) se fixent beaucoup plus tard.

Entiers relatifs

La lettre \(Z\) est généralement rattachée à l'allemand Zahl, « nombre ». Le rôle exact de Dedekind, Cantor (1845-1918) et Bourbaki (créé en 1935) dans la diffusion des notations doit être formulé avec prudence.

Rationnels

La lettre \(Q\) renvoie naturellement à quotient, mais son histoire précise est plus complexe : Peano utilise plusieurs lettres dans des sens qui ne coïncident pas toujours avec l'usage scolaire actuel.

ℝ ℂ

Réels et complexes

Dedekind (1831-1916) utilise un R gothique pour les réels dans Stetigkeit und irrationale Zahlen. Le plan d'Argand rappelle aussi le rôle de Jean-Robert Argand (1768-1822) dans la représentation géométrique des complexes. La notation \(\mathbb C\) pour les complexes se généralise tardivement, notamment dans l'algèbre moderne.

7. Logique et théorie des ensembles

Appartenance

Peano emploie un epsilon pour l'appartenance dans ses textes de 1889 et 1897. Le symbole \(\in\) se trouve ensuite dans les travaux de Bertrand Russell (1872-1970).

∩ ∪

Intersection et union

Grassmann (1809-1877) utilise \(\cap\) et \(\cup\) dans un contexte algébrique ; Peano les emploie ensuite pour l'union et l'intersection d'ensembles.

∃ ∀

Il existe, pour tout

Peano joue un rôle essentiel dans l'usage de \(\exists\) et \(\forall\), avant que Russell, Hilbert et Bourbaki ne contribuent à stabiliser d'autres notations logiques.

∅ ⇔

Ensemble vide et équivalence

Bourbaki diffuse la notation \(\varnothing\) pour l'ensemble vide. La double flèche \(\Leftrightarrow\) apparaît dans les textes modernes de logique et d'ensembles.

8. Vecteurs, matrices et algèbre linéaire

[ ]

Matrices

Arthur Cayley (1821-1895) emploie en 1841 une notation proche de la notation moderne des déterminants. Les matrices deviennent ensuite un outil central de l'algèbre linéaire.

\(\vec{u}\times\vec{v}\)

Produit scalaire et produit vectoriel

Les notations \(\vec{u}\cdot\vec{v}\) et \(\vec{u}\times\vec{v}\) sont liées à l'analyse vectorielle développée par Gibbs (1839-1903), Heaviside (1850-1925) et Wilson au début du XXe siècle.

\(\vec{u}\)

Vecteurs

La flèche au-dessus d'une lettre ou d'un segment s'impose progressivement dans l'enseignement et les usages typographiques, notamment au XXe siècle.

Sources et références

Les références ci-dessous correspondent aux sources réellement mobilisées dans cette page mère. Les pages détaillées consacrées à chaque symbole peuvent contenir des références complémentaires.

  • [Cajo] : CAJORI Florian, A History of Mathematical Notations, The Open Court Publishing Company, Chicago, 1928-1929.
  • [CajoV1] : CAJORI Florian, A History of Mathematical Notations, Volume I: Notations in Elementary Mathematics, The Open Court Publishing Company, Chicago, 1928.
  • [CajoV2] : CAJORI Florian, A History of Mathematical Notations, Volume II: Notations Mainly in Higher Mathematics, The Open Court Publishing Company, Chicago, 1929.
  • [HaSu] : HAUCHECORNE Bertrand, SURATEAU Daniel, Des mathématiciens de A à Z, Ellipses, Paris, 1996.
  • [DaDaPe] : DAHAN-DALMEDICO Amy, PEIFFER Jeanne, Une histoire des mathématiques, Seuil, Paris, 1986.
  • [Bourb] : BOURBAKI Nicolas, Éléments d'histoire des mathématiques, Hermann, Paris, nouvelle édition, 1974.
  • [Audi] : AUDIRAC Jean-Louis, Vie et œuvre des grands mathématiciens, Magnard, Paris, 1990.
  • [Gullberg] : GULLBERG Jan, Mathematics: From the Birth of Numbers, W. W. Norton, New York, 1997.
  • [MacTutor-Fractions] : O'CONNOR John J., ROBERTSON Edmund F., Mathematical symbols: fractions [en ligne], MacTutor History of Mathematics archive, University of St Andrews, consulté le 11 juin 2026.

Articles connexes